Auteur(s)
Éditeur Andre Frere
Parution
Spécificités 64 p. ; 20 x 17 cm ;
ISBN 9791092265675
EAN 9791092265675
Thème Arts, loisirs et sports

4e de couverture

Eve, premiere femme, premiere nee, soeur ainee, soeur aimee Il y a dans cette serie photographique de Colette Pourroy quelque chose de l'ordre de la declaration d'amour sororal, exprimee avec la volonte de revisiter un territoire de l'intime et l'urgence de conjurer la fuite des souvenirs fussent-ils devastateurs. Ces images semblent hantees par le train de la memoire qui inexorablement poursuit sa course de l'enfance a l'age adulte. Latentes mais resistantes, elles nous racontent une histoire jusqu'alors restee au seuil de la parole et qui trouve dans la transposition photographique un palliatif a la douleur de l'enonciation. Le flou vaporeux, le contraste entre le blanc laiteux et le noir profond qui les caracterisent conferent a la sequence qu'elles composent un aspect hallucinatoire. A la nettete photographique, la photographe prefere en effet une representation deliberement troublee par une vitesse d'exposition sous-estimee, une focale imprecise et une lumiere radicalement violente et ecrasante comme pour donner a voir le non-dit. Pourtant, ce n'est pas de ces rapports a l'indicible que vient le malaise se degageant de la lecture des images mais bien plutot de l'ambiguite qui s'y loge. Ainsi, nombreux sont les signes de la duplicite : la main est celle qui se tend et celle qui contraint, la fenetre peut etre ouverte pour respirer l'air frais dans une piece devenue etouffante mais aussi devenir l'instrument d'un suicide, le drap etre celui sous lequel on se cache avec l'innocence des jeux de l'enfance ou avec la sensualite des premiers emois amoureux mais aussi celui qui recouvre un corps a la morgue. Dans cette narration visuelle se tissent une infinite d'histoires scandees par un certain nombre de leitmotive : l'ouverture, l'emprisonnement, le double, la dissimulation, la ligne de partage d'ou emerge un visage lunaire , une feminite fragile. La traversee symbolique des trois ages de la vie que condense ici la litterarite des images semble donner une place preponderante a l'adolescence, a ce moment incertain de l'existence ou tout peut basculer. La presence de la photographe, de la soeur, du double retrouve apres la solitude et le huis clos n'est pourtant pas salvatrice. Il n'y a pas de reconstruction grace au regard de l'autre, fUut-il photographique et empathique : une vitre, un voile persistent entre les ames et les separent. L'issue fatale que l'on pressentait demeure le point d'orgue de la composition. La morte-vivante dont on suivait les pas hagards s'est bel et bien brUule les ailes dans l'obscurite et il faut en accepter la perte.

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