Un(e) auteur(e), trois questions : le blog Dazibao vous propose de découvrir régulièrement des écrivains, illustrateurs, traducteurs... de la région.


Nous avons demandé à Vincent Hein, écrivain nouvellement installé à Marseille, de se prêter au jeu du "3 questions à...". Vincent Hein a passé son enfance en Côte d'Ivoire et suivi des études de langues étrangères à Pékin. Il y travaillera de 2004 à 2016. Son 4e roman sort aujourd'hui même chez Phébus.

Quelle est votre actualité littéraire ?

J'ai un livre à paraître le 5 avril aux éditions Phébus, dans la très belle collection de littérature française dirigée par Louis Chevaillier. Je l'ai intitulé Kwaï. Vous souvenez-vous du formidable film de David Lean, Le Pont de la rivière Kwaï, tiré d'un roman de Pierre Boulle ? Et bien il se trouve que j'associe ce film à mon enfance. À des moments de cinéma durant lesquels, lové contre mon père, j'avais le droit de veiller un peu le soir et de regarder la télévision du salon avec lui. Quelques temps après sa mort, j'ai entrepris – certainement sous quelques poussées de mon inconscient – un voyage à Kanchanaburi, au nord de Bangkok, pour aller voir le véritable pont de la rivière Kwaï, ainsi que cette fameuse "ligne de chemin de fer de la mort", construite quasi à mains nues par les prisonniers alliés. Je dois dire que visiter cet endroit fût pour moi une sorte de plongée dans les eaux troubles de la mémoire. D'autant que là-bas, le spectacle touristique et l'exubérance de ce paysage de jungle ne cache pas le souvenir de la guerre et de ses cruautés.


Quel est le livre qui vous a donné envie d'écrire ?

Il y en a deux en fait. Deux livres très différents, mais dont le point commun est leur travail de style extraordinaire : Voyage au bout de la nuit de Louis Ferdinand Céline et L'Usage du monde de Nicolas Bouvier. Ce sont des chefs d'œuvres absolus. Tout y est.

Le Voyage est tellement fort que je ne parviens pas à le lire en une seule fois. Je le reprends par moment et seulement par extraits. Passées 80 pages je me retrouve border line, à la limite d'une sévère dépression… Je plaisante, mais pas temps que cela en fait. Je crois vraiment que ce livre n'est pas à mettre entre toutes les mains. On devrait le vendre avec une notice. Comme pour les anti-inflammatoires !

Pour L'Usage du Monde c'est l'inverse. C'est un livre d'une ouverture inouïe, sur l'autre, sur le voyage, sur le monde. Il vous remet du bon côté de la vie. C'est un livre qui me régénère et qui, lorsque je suis en panne d'écriture, me redonne le "la", comme le ferait un vieux professeur de chant avec son élève.


Quel est le livre que vous avez commencé, puis laissé de côté, puis recommencé... et toujours pas fini ? Et pourquoi ?

Tout Proust. Mais je n'en tire aucune gloire. Au contraire je m'en veux, je me dis que je suis complètement idiot, que je suis passé à côté d'un vrai plaisir de lecture et cela me fâche. Je ne sais pas pourquoi. Après quelques pages, je décroche, mon esprit s'enfuit ailleurs. Mais je ne renonce pas. Peut-être qu'avec le temps… Proust et le temps… vielle histoire après tout.

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